Un monde globalisé et fragile

Aux débuts de la pandémie de COVID-19, la majorité des États ont décidé de fermer leurs frontières et/ou de limiter les allées et venues entre pays remettant en question la liberté de mouvement supposément acquise avec la globalisation.

Ce module propose une rétrospective des mesures sanitaires qui ont mené à la fermeture des frontières de plusieurs pays. Face à la propagation exponentielle du virus de COVID-19 entre décembre 2019 et mars 2020, et suite à l’annonce d’une “pandémie” par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le 11 mars 2020, les États ont rapidement mis en place des mesures sanitaires extraordinaires. Les autorités ont fermé les frontières et ont interdit aux individus de voyager, ceci à l’encontre des recommandations de l’OMS et du droit international de la santé. Ces mesures sanitaires ont considérablement ralenti le commerce mondial et ont mis un frein à la mobilité internationale, deux éléments fondateurs des dynamiques économiques, sociales, symboliques de la globalisation.

La globalisation, soutenue par les avancées technologiques et de communication, déstabilise le monopole des États-nations. Elle est le produit d’une économie mondialisée dans laquelle les entreprises et corporations capitalistes dominent le marché. Cette économie mondiale repose sur une interdépendance des marchés et des modes de production à l’échelle planétaire. La production globalisée des produits et des biens est fragmentée entre plusieurs pays qui se sont spécialisés dans une ou plusieurs étapes de production. Cette chaîne de valeur globalisée a aussi engendré une forte délocalisation des entreprises dans les pays où il est le moins cher de produire. En conséquence, la globalisation entre en concurrence avec l’autonomie des États-nations. La prégnance d’instances économiques internationales et régionales, la dérégulation des marchés et la libéralisation des échanges contraignent les décisions des gouvernements. De plus, l’essor des entreprises transnationales qui opèrent selon leurs propres intérêts et qui disposent de vastes ressources renforce leur influence et leur pouvoir.

La globalisation a cependant des conséquences sociales néfastes. L’interdépendance des économies affecte les marchés du travail. Le destin des travailleurs et travailleuses est lié au fonctionnement des entreprises transnationales, limitant la possibilité des États de protéger leurs droits ou d’assurer un standard de production adéquat. À ce sujet, l’Organisation internationale du travail (OIT) condamne les entreprises et les États qui n’offrent pas des conditions de travail décentes aux employé-es. L’OIT, dans ses efforts pour atteindre une globalisation “plus équitable”, a adopté une résolution concernant « le travail décent dans les chaînes d’approvisionnement mondiales ». Dans tous les pays, les écarts de richesse et de bien-être augmentent entre les classes sociales. Ces enjeux souvent invisibles ont été mis en évidence durant la pandémie de COVID-19.

Le module s’intéresse par ailleurs à la manière dont la globalisation questionne notre rapport à l’Autre, à l’altérité. Les historiens et historiennes ont démontré que le repli sur soi est une stratégie récurrente lors d’épidémies et de pandémies du fait que la menace est perçue comme venant de l’étranger, de l’Autre. Externaliser le blâme sur l’Autre est une tactique courante que les individus et les sociétés utilisent pour affronter les risques qui les préoccupent. Avec la pandémie de COVID-19, la Chine a rapidement été accusée d’être à la source du virus, et à travers le monde les personnes d’origine chinoise ont été victimes de racisme. Même au niveau politique, les tensions préexistantes entre les États-Unis et la Chine ont été exacerbées par la pandémie. La peur et les incertitudes renforcent donc la distance à l’Autre, à l’encontre des processus de globalisation.