Qui veut de l’application SwissCOVID ? Enjeux autour des données de santé digitale.

Historiquement, les guerres ou les crises ont toujours favorisé l’émergence de nouveaux outils technologiques, et la crise de COVID-19 n’y a pas échappé. Ce module aborde la manière dont se sont développés des outils technologiques durant cette crise, ainsi que la façon dont ils ont été acceptés au sein de la société.Dans ce module, nous proposons de revenir sur la création de l’application SwissCovid jusqu’à sa mise en place. Suite à l’apparition du virus de COVID-19, il a rapidement été constaté que les appels des médecins cantonaux aux personnes infectées et aux cas-contacts n’étaient pas suffisants pour déterminer une chaine de traçabilité du virus qui se propageait trop vite. L’utilisation d’applications permettant de tracer la propagation du virus a alors été envisagée, comme cela avait déjà été le cas pour le virus Ebola de 2014 à 2016. En Suisse, des ingénieurs de l’EFPL et de l’EPFZ se sont attelés à cette tâche pendant que le gouvernement modifiait la Loi sur les épidémies en ajoutant un article autorisant la collecte de données privées et de santé par le biais d’une application de traçage appelé SwissCovid. Malgré l’optimisme de ses promoteurs et promotrices, l’application a été sujette à controverses. Les citoyen-nes s’en sont méfié-es notamment pour des raisons de protection de la vie privée et particulièrement lorsqu’il s’agit de données de santé.

Au travers de ce module, nous montrons dans quelle mesure une controverse de ce type est symptomatique d’une conception d’un objet pensé dans des laboratoires éloignés de l’espace public. De plus, cette controverse permet de dévoiler que les citoyen-nes ont une autre perception de cette application et que les utilisateurs et utilisatrices jouent un rôle central dans la négociation des outils conçus à leur intention.

Nous nous intéressons plus précisément aux processus sociaux par lesquels s’est effectuée la conception de l’application mobile SwissCovid et comment cette construction, marquée par certains biais, a été négociée par les personnes auxquelles elle était destinée. Les conceptrices et concepteurs d’objets technologiques, travaillant depuis leur laboratoire, formulent des hypothèses quant à l’usage que feront les individus de l’objet en cours de création. Ils et elles sont cependant inscrit-es dans une réalité sociale qui leur est propre, et distincte de celle du grand public. Par ailleurs, la conception de tels outils est aussi contrainte par divers éléments, par exemple la relation avec d’autres groupes concernés comme les gouvernements ou encore les sociétés partenaires au projet ou les contraintes matérielles.

Ainsi, la création de ces outils technologiques peut être éloignée de la réalité des personnes appelées à les utiliser. Tandis que dans le même temps ces dernières participent à façonner, par leurs usages, le nouvel objet mis en circulation. Dans le cas de l’application SwissCovid, les individus se sont montrés méfiants à son égard par peur d’une surveillance de la part de l’Etat et d’une violation de la protection de la vie privée. Cette application n’est pas un cas unique mais est révélatrice de dilemmes sociaux qui préexistaient à la pandémie. Ces débats dans l’espace public ont participé à la création et à la réception de l’application SwissCovid.