Infodémie, c’est quoi ? « Fake news » et désinformation.

Le 2 février 2020, l’OMS crée le néologisme « infodémie » pour qualifier le contexte informationnel – ou désinformationnel – au sujet de la pandémie de COVID-19. Le directeur de l’OMS sonne l’alarme, les « fake news » circuleraient plus vite que le virus lui-même et seraient tout aussi dangereuses ! Partant de ce constat, ce module examine le phénomène médiatique sous la loupe des sciences sociales.

Le module commence par relativiser la nouveauté, souvent prétendue, du phénomène des « fake news » en le comparant à ses ancêtres : les rumeurs et la propagande. Cette comparaison soulève la question de la pertinence de la dénomination « fake news » et permet d’aborder les différentes critiques qui lui sont adressées. On propose ici une autre terminologie, développée par les sciences sociales, pour décrire les problématiques actuelles de l’information : on distinguera ainsi la désinformation, la mésinformation, la non-information et les Junk news. Ces différents concepts permettent de mieux cerner l’hétérogénéité des contenus auxquels les « fakes news » font référence, mais aussi les multiples motivations qui sous-tendent leur diffusion (manipulation idéologique, contenus promotionnels dissimulés sous l’apparence de contenus informationnels, faits réels, mais trompeurs, car sortis de leur contexte, etc.).

Nous nous intéressons également aux causes des différentes formes d’informations fausses, erronées, non pertinentes ou simplement non vérifiées. Tout d’abord, en montrant qu’il existe un contexte sociétal de défiance généralisée envers les expert-es de tout ordre : politiques, journalistes, scientifiques ou encore professionnel-les de santé. Cette défiance constitue un terrain fertile à la désinformation et à la mésinformation, et permet d’expliquer la croyance ou l’adhésion d’une partie des individus à des informations ou théories fausses et infondées. Elle s’explique notamment par une mauvaise compréhension du fonctionnement de la science. Celle-ci est parfois amplifiée par une médiatisation scientifique inadéquate, mais aussi par un manque de transparence de la part des organismes privés comme publics (on pense à l’exemple du port du masque ou aux nombreux scandales liés aux profits des entreprises pharmaceutiques) qui participent à faire douter les individus de la véracité des informations, voire suscitent de la désinformation.

En plus du contexte sociétal, ce module aborde la question du fonctionnement des plateformes de réseaux sociaux, et plus généralement de ce que l’on appelle “l’économie de l’attention”, comme facteur de mise en visibilité des informations fausses, erronées, non pertinentes ou non-vérifiées. Les chercheurs et chercheuses ont en effet montré que le fonctionnement des algorithmes de tendances et de recommandations, mais aussi les usages des internautes eux-elles-mêmes, avaient tendance à favoriser la mise en visibilité des contenus les plus radicaux et les plus clivants. Ce fonctionnement a pour corollaire d’amplifier les messages dissidents et de rendre visibles des opinions, autrement marginales.

La question des conséquences de la désinformation, de la mésinformation, mais aussi de la non-information est également évoquée. Malgré la forte viralité d’informations non-vérifiées et souvent douteuses, plusieurs études démontrent qu’il n’y a pas de lien direct entre le fait de rencontrer ce type de contenu et le fait d’y adhérer, les récepteurs et réceptrices n’étant pas complètement crédules face aux nombreuses informations qu’ils ou elles rencontrent. Des chercheurs et chercheuses affirment d’ailleurs que le véritable problème de ces contenus hétérogènes repose moins sur la véracité ou la fausseté de l’information, que sur la fragmentation de l’attention des individus.